Au nom de mon coq !

Dimanche dernier, oui, vous avez bien lu : dimanche dernier, y’avait les gendarmes dans mon jardin. Enfin quand je dis mon jardin, faut y voir un terrain tout en longueur, planté de pommiers et de poiriers, et d’un noyer aussi qui connut son heure de gloire dans une autre histoire. Il n’est pas clôt mon jardin, juste séparé d’un pré à vaches par des rangées de barbelés, mais ça, cette clôture là, c’est pour les vaches, pour pas qu’il leur prenne l’idée de baguenauder dans la campagne. La vache qui baguenaude, ça se fait pas ici, il se pourrait trop qu’elle rencontre une voiture et ça ne s’emboîte pas bien, les vaches et les voitures !
Mon jardin, je devrais plutôt l’appeler « verger », s’allonge paresseusement au coté d’un autre qui lui ressemble comme un frère sauf que lui, c’est de cerisiers qu’il est planté. C’est pratique pour les compotes et les confitures de ne pas avoir les mêmes arbres dans les jardins. L’été, quand le soleil de midi daigne se montrer entre deux nuages, on dirait que ces deux là s’accordent à ressembler à deux serviettes de plages, motif herbe et pâquerettes. C’est joli comme un déjeuner sur l’herbe. Bon, mais ce n’était pas de cela dont il était question mais de ce qui c’est passé dimanche dernier. Donc, au beau milieu de l’après-midi, devant ma fenêtre, je vois deux gendarmes passer, imprimant dans la boue l’empreinte de leurs brodequins de cuir. C’est pas que je ne respecte pas la maréchaussée, entendons nous, comme on dit, faut qu’y en ait, mais là, dans mon jardin, j’aime moyen. Je sors alors pour m’enquérir de la raison de leur démarche, fort aimablement, bien sur.
- Vous avez des poules chez vous ?
- Oui, elles sont enfermées dans la cabane là-haut.
- On peut voir ?
Je ne pensais pas que mes deux poules naines puissent susciter un quelconque intérêt pour qui ne mange pas leurs œufs mais il semblait pourtant que ce soit bien elles qu’ils soient venus visiter…
Je leur montre alors l’objet du délit, pas de quoi fouetter un chat à vrai dire.
- Vous n’auriez pas perdu un coq, par hasard ?
- Si, oui, il y a six mois environ. Je l’ai cherché mais pas retrouvé, je me suis dit qu’il s’était fait attraper par un renard…
- Vous voulez bien nous suivre ?
Me voilà, emboîtant le pas aux gendarmes, déambulant à la queue leu leu dans le village (ça va jaser, je vous dis que ça !).
Ils me conduisent vers le jardin, clôt celui-ci, d’un monsieur que je connais, qui ne m’ennuie pas plus que ça mais dont je ne recherche pas franchement la compagnie…
- C’est pas votre coq, là ?
Il me montre un volatile du bout du doigt au milieu de ce jardin là.
- Ah, non mon coq, il était roux, celui là est gris, ce coq n’est pas de mes connaissances !
- Bien, si vous le dites, je vous crois. Savez que vous encourrez une amende de 750 euros pour divagation de volailles sur la voie publique ?
- Non, je l’ignorais, 750 euros, bah alors…
Il s’enquiert alors de mon nom et de mon adresse puis, avec une lueur d’amusement dans le regard (si ! Je l’ai vu !), le nom de mon coq perdu…
Depuis dimanche dernier, je crois que j’aime mieux les gendarmes que le gens qui leur téléphonent parce qu’ils ont un coq inconnu dans leur jardin…