Ta mère qui t'aime...
J'y suis allée, t'as vu.J'ai certes trainé la patte, je suis passée par le plus long chemin, mais j'y suis allée, t'as vu. J'ai doucement longé le grillage du petit monsieur, celui qui fait si bien son potager, tu sais. Ces salades sont superbes et ces poireaux si bien alignés. Il binait un coin de terre, au fond, près du cerisier où il a accroché un cd pour éloigner les oiseaux, comme le fait ta grand-mère. Quand je suis arrivée près de l'école, votre cortège était déjà parti, ne restaient que vos traces. Je m'y suis arrêté un peu. Je voulait capturer l'instant où, juste après le passage d'une voiture, ces confettis multicolores remontent vers le ciel d'où elles sont tombées. C'est très difficile, tu sais, de capturer cet instant là. Ces maudits bouts de papiers retombent toujours plus vite que je ne déclenche. J'ai fini par abandonner l'idée. En me dirigeant vers le centre ville pour acheter un journal, je suis tombée sur vous. Bien alignés aussi, encadrés de parents souriants à l'air prospère, vous marchiez derrière vos enseignantes maquillées et trémoussantes sans excès. J'ai pu constaté que tout était en ordre, aucun débordement intempestif ne pointait le bout de son nez mutin.Une voiture de la mairie vous suivait, un haut parleur crachouillant ce tube national qui parle de bal, de bal masqué. Je t'ai vu, toi, au milieu de tes copines. Tu avais enlevé ton masque et négociait des confettis auprès d'un cow-boy et d'une espagnole maquillée comme un fille de saloon. Tu as du sentir mon regard parce que tu as tourné la tête vers moi. C'est tout ce que je voulais, tu sais, que tu vois que j'étais là, au bord de ton chemin. Je t'ai fait un clin d'oeil puis je suis partie. J'ai tourné les talons parce que je n'avais rien à faire là, au milieu de ces gens qui se réjouissaient de vos mines éveillés, de vos regards vifs. Je voulais juste que tu vois que j'étais là, au bord de ton chemin quand même, en marge, mais au bord, tout au bord.